Samir Haddad : « Dessiner, c’est ma façon de me souvenir »
L’auteur marseillais publie un roman graphique tendre et drôle sur trois générations d’une famille installée à deux rives de la Méditerranée. Il raconte la fabrication du livre, case après case.
À Marseille, dans un atelier partagé avec trois autres dessinateurs, Samir Haddad finit une planche. Sur sa table, des pinceaux fins, un flacon d’encre et une tasse de café refroidie depuis longtemps. Son roman graphique, Les Deux Rives, raconte l’histoire de sa propre famille, de l’Algérie à la Provence, avec une tendresse qui a conquis les libraires.
Pourquoi avoir voulu raconter l’histoire de votre famille ?
Parce que ma grand-mère racontait, et que j’ai compris un jour qu’elle ne raconterait pas toujours. Je me suis mis à noter ses histoires, puis à les dessiner. Le dessin est ma façon de me souvenir : il fixe un visage, une cuisine, un geste, et empêche l’oubli de tout recouvrir.
Le dessin fixe un visage, une cuisine, un geste, et empêche l’oubli de tout recouvrir.
Comment fabrique-t-on un livre de trois cents pages ?
Lentement. Il y a d’abord une longue phase d’écriture : le scénario, puis le découpage, planche par planche. Ensuite viennent les crayonnés, l’encrage, la couleur. Je dessine environ une page par jour, quand tout va bien, c’est-à-dire presque jamais. Au total, ce livre m’a pris quatre ans.
L’humour est très présent, alors que le sujet est grave. Pourquoi ?
Parce que c’est comme cela, chez nous. On rit des choses les plus sérieuses, souvent à table, en s’interrompant les uns les autres. Je ne voulais pas faire un livre pesant : je voulais que le lecteur se sente invité à ce repas de famille, avec tout ce que cela suppose de cris et de bonne humeur.
Quelles sont vos influences ?
Beaucoup de dessinateurs, de la bande dessinée franco-belge classique au manga contemporain, mais aussi des peintres, des photographes, des cinéastes. J’ai passé des heures au musée, un carnet à la main. Dessiner, c’est d’abord regarder.
Un conseil pour celles et ceux qui rêvent de publier ?
Terminez ce que vous commencez. C’est banal, mais c’est ce qui sépare ceux qui publient de ceux qui rêvent de publier. Une première version imparfaite vaut mieux qu’un chef-d’œuvre inachevé. Et montrez votre travail, tôt : les remarques des autres sont un cadeau.
Samir Haddad présentera Les Deux Rives lors de plusieurs rencontres en librairie cet automne. Les dates sont à retrouver sur son site.
